Encres pigmentaires ou encres à colorant : pourquoi c'est important pour les impressions d'art

|Catherine Hebert
Archival Ink vs Dye-Based Ink: Why It Matters for Art Prints

Sur la photo: les réservoirs d'encre de notre imprimante Canon imagePROGRAF PRO-1000, au studio

Pourquoi parler d'encre?

La plupart des gens choisissent une impression pour l'image, et peut-être pour le papier. C'est logique. Mais c'est l'encre qui garde l'image vivante une fois qu'elle est sur votre mur. Si les couleurs changent ou pâlissent, le plus beau papier du monde n'y peut rien. Et le plus frustrant, c'est qu'on ne le voit pas arriver. La décoloration est lente. Un jour, tu réalises juste que l'œuvre a l'air délavée comparée à ton souvenir.

Alors voici ce que j'ai appris sur l'encre en gérant un studio d'impression, et pourquoi je suis difficile là-dessus.

Comment fonctionne l'encre ordinaire (à base de colorants)

La plupart des imprimantes de maison et de bureau utilisent des encres à base de colorants. Les molécules de couleur se dissolvent complètement dans un liquide, un peu comme du colorant alimentaire dans l'eau. Elles donnent des couleurs vives dès la sortie de l'imprimante et coûtent peu cher à fabriquer. C'est pour ça que ton imprimante à la maison les utilise.

Le compromis, c'est la durabilité. Comme les molécules de colorant sont dissoutes plutôt qu'en suspension, elles pénètrent profondément dans les fibres du papier et restent exposées à la lumière et à l'air. Les rayons UV brisent les liens moléculaires qui créent la couleur. Dans une pièce avec une bonne lumière naturelle, on peut voir une décoloration notable en aussi peu qu'un à trois ans. Au soleil direct, encore plus vite.

Les encres à colorants restent aussi solubles dans l'eau après l'impression. Une éclaboussure, une pièce humide, même de la condensation dans un cadre peuvent faire couler ou baver l'encre. Pour une photo que tu colles sur le frigo, ça ne change rien. Pour une œuvre que tu encadres et accroches pour des années, c'est un problème.

Ce qui rend une encre «de qualité archive»

Les encres de qualité archive sont à base de pigments. Au lieu de molécules de couleur dissoutes, la couleur vient de minuscules particules solides en suspension dans le liquide. Pense moins à du colorant alimentaire qu'à du sable très fin mélangé à de l'eau.

Cette différence change tout dans le comportement de l'encre sur le papier:

Le pigment reste en surface. Au lieu de pénétrer profondément dans les fibres, les particules de pigment se fixent aux couches supérieures du papier. La couleur reste donc là où elle doit être et réagit moins à l'humidité du papier avec le temps.

Les particules sont plus difficiles à dégrader. Comme la couleur vient de particules solides plutôt que de molécules dissoutes, les UV ont beaucoup plus de mal à les abîmer. Des tests en laboratoire indépendants (comme ceux de Wilhelm Imaging Research) estiment la durée d'exposition des encres pigmentaires modernes entre 60 et plus de 200 ans, selon l'encre, le papier et l'encadrement. Même dans le bas de la fourchette, c'est une vie entière.

Meilleure résistance à l'eau. Les encres pigmentaires ne sont pas imperméables, mais elles résistent beaucoup mieux à l'humidité que les colorants. Un peu d'humidité ou un contact accidentel avec l'eau risque beaucoup moins de laisser des dommages visibles.

Le hic, c'est que les encres pigmentaires coûtent plus cher à produire et demandent des imprimantes plus spécialisées. Tu n'en trouveras pas dans une imprimante jet d'encre ordinaire. C'est la norme en impression giclée professionnelle, la méthode utilisée pour reproduire les œuvres d'art.

Ce que veut vraiment dire giclée

Tu vas voir le mot «giclée» sur beaucoup de fiches d'impressions. En français, ça veut juste dire «jet» (oui, je vois l'ironie, vu que je suis à Montréal). En pratique, ça désigne un procédé d'impression jet d'encre haute résolution avec des encres pigmentaires de qualité archive sur des papiers sans acide, de coton ou d'alpha-cellulose.

Ce n'est pas un terme réglementé, alors techniquement n'importe qui pourrait le coller sur une fiche produit. Mais une vraie impression giclée, c'est une combinaison précise: une imprimante grand format avec des encres pigmentaires, un papier de qualité archive et une gestion des couleurs qui assure leur fidélité. C'est le procédé que j'utilise pour chaque impression de ma boutique, que ce soit une œuvre en gros plan audacieuse comme The Fox ou quelque chose aux nuances plus subtiles.

Les deux gammes d'encres qu'on trouve dans la plupart des studios d'art professionnels aujourd'hui sont Epson UltraChrome et Canon LUCIA PRO. Les deux sont pigmentaires, les deux sont reconnues pour leur longévité de qualité archive et les deux offrent une excellente fidélité des couleurs. Mes partenaires d'impression utilisent les encres Epson UltraChrome sur des imprimantes grand format. Pour les épreuves et les éditions limitées au studio, j'utilise une Canon imagePROGRAF PRO-1000 avec les encres Canon LUCIA PRO. Des encres différentes, la même norme de qualité archive.

Comparaison côte à côte

Encre ordinaire (colorants)

Encre de qualité archive (pigments)

Origine de la couleur

Molécules dissoutes

Particules solides en suspension

Éclat initial des couleurs

Très élevé

Élevé

Résistance à la décoloration

Faible à moyenne (1–5 ans en pleine lumière)

Élevée (60–200+ ans en laboratoire)

Résistance à l'eau

Faible

Moyenne à élevée

Coût de production

Faible

Plus élevé

Type d'imprimante

Jet d'encre grand public

Imprimantes grand format professionnelles

Pour quoi

Photos de tous les jours, affiches temporaires

Impressions d'art, photographie, tout ce que tu veux garder

Et les autres méthodes d'impression?

Ça vaut une petite mention, puisqu'on compare parfois les impressions jet d'encre à d'autres formats:

Les impressions laser utilisent du toner (une poudre de plastique fondue à la chaleur) plutôt que de l'encre. Elles sont durables, mais la gamme de couleurs est limitée et elles n'égalent pas les nuances d'une bonne impression jet d'encre pigmentaire sur papier d'art. Ça se voit surtout dans les dégradés et les détails des ombres.

L'offset sert pour les affiches produites en masse et l'impression de livres. Excellent pour des milliers de copies, moins bon pour rendre la profondeur de couleur d'une peinture originale. La trame de points se voit aussi de près.

Les impressions sur toile à rabais utilisent souvent des encres à colorants ou des encres pigmentaires bas de gamme sur une toile poly-coton préenduite. L'enduit offre une partie de la protection UV, mais la qualité dépend beaucoup de l'entreprise. Si une impression sur toile est étrangement pas chère, c'est habituellement sur l'encre qu'on a coupé les coins.

Est-ce que ça vaut vraiment le coût?

Les encres pigmentaires ajoutent un vrai coût à la production. Les cartouches coûtent plus cher, les imprimantes aussi, et tout le processus demande un profilage et un étalonnage des couleurs qui prennent du temps. Ce coût se reflète en partie dans le prix.

Mais regarde ça de l'autre côté. Si tu achètes une impression entre 50 $ et 100 $ et que tu la fais encadrer pour 80 $ à 150 $ de plus, tu as mis de 130 $ à 250 $ pour avoir cette œuvre sur ton mur. Si l'encre pâlit en trois ans, le cadre et le passe-partout sont corrects, mais l'impression est finie. Soit tu vis avec une œuvre délavée, soit tu en rachètes une et tu la fais réencadrer.

Une impression faite avec des encres de qualité archive sur un bon papier, encadrée avec un verre anti-UV, devrait vraiment te survivre. La différence de prix au départ est petite comparée au coût total de l'encadrement et au plaisir de ne plus avoir à y penser.

Comment savoir si une impression utilise une encre de qualité archive

Si tu magasines des impressions chez un artiste ou un studio, voici quoi surveiller:

Bons signes: La fiche mentionne clairement des encres pigmentaires, l'impression giclée ou des encres de qualité archive. Le papier est nommé (chiffon de coton, alpha-cellulose ou une marque précise comme Hahnemühle ou Epson Hot Press). On parle de gestion des couleurs ou de profils ICC.

Signaux d'alarme: Aucune mention du type d'encre ou de papier. Des prix qui semblent trop bas pour le format (l'impression pigmentaire grand format a un coût plancher réel). Des termes comme «qualité affiche» ou «impression photo» sans autre détail. Des impressions sur toile sans information sur l'encre ou l'enduit utilisés.

Tu peux toujours simplement demander. Un studio qui prend l'impression au sérieux va se faire un plaisir de te dire exactement quelle encre et quel papier il utilise.

Comment garder tes impressions belles

L'encre de qualité archive fait le gros du travail, mais tu peux l'aider:

Le soleil est le pire ennemi. Même les encres pigmentaires de qualité archive pâlissent plus vite au soleil direct. Si possible, accroche tes impressions sur un mur qui ne reçoit pas le soleil direct pendant des heures chaque jour. Elles vont très bien se porter dans une pièce éclairée. C'est l'exposition directe et prolongée aux UV qui fait le plus de dégâts avec le temps.

Le verre anti-UV fait une vraie différence. Si tu fais encadrer une œuvre sur mesure, demande un verre ou un acrylique anti-UV. Le verre musée (comme le Tru Vue Museum Glass) bloque environ 99 % des UV et réduit aussi les reflets. C'est plus cher, mais pour une œuvre que tu aimes, c'est la meilleure chose à faire pour la protéger.

L'humidité compte plus qu'on pense. Évite d'accrocher des impressions dans la salle de bain ou juste au-dessus de la cuisinière. L'humidité peut faire gondoler le papier avec le temps et, dans les cas extrêmes, nuire à l'adhérence de l'encre. Une pièce stable, à humidité modérée, c'est ce qu'il y a de mieux.

Époussette doucement. Si de la poussière s'accumule sur le verre, essuie-le avec un linge en microfibre sec. N'utilise pas de nettoyant en vaporisateur directement sur le cadre ou le verre. Si tu as besoin d'un peu d'humidité, vaporise le linge, pas le verre, pour que rien ne s'infiltre par les bords.

Rien de compliqué là-dedans. En gros: pas de soleil direct, un encadrement correct, et on n'y touche plus. L'encre et le papier s'occupent du reste.

En résumé

L'encre pigmentaire de qualité archive coûte plus cher à utiliser, mais côté longévité, il n'y a pas de comparaison. Chaque impression que je vends utilise des encres pigmentaires de qualité archive sur papier sans acide, parce que je veux que l'œuvre sur ton mur soit aussi belle dans vingt ans que le jour où tu la reçois. La chimie de l'encre, ce n'est pas le sujet le plus glamour, mais quand ton impression préférée commence à pâlir, ça devient très concret très vite.

Choisis une bonne encre, encadre-la bien et laisse le temps faire son œuvre.